La première fois que nous nous sommes rencontrés, il y a plus de quinze ans, je me présentais à vous pour être professeur de kendo, assistant de Pierre Delorme pour la première saison de Rudra. J’avais été impressionné par votre présence, votre gentillesse et votre regard, cette même impression de densité que produisent certains sensei japonais.
Quelques années plus tard, au moment de devenir professeur principal, lorsque je vous posais la question de savoir ce que vous pensiez de mon enseignement et de ce que je devais y changer, vous m’aviez répondu: “Quand j’accorde ma confiance à un professeur, je n’interfère pas dans sa façon d’enseigner. Continuez”. Ce fut tout, mais je me sentis poussé à donner le meilleur de moi-même pour être digne de cette confiance que vous me témoigniez.
Durant toutes ces années, nous ne nous sommes pas beaucoup parlé, votre timidité, la mienne et mon respect pour votre temps précieux ont toujours limité nos échanges à l'essentiel. Un bonjour, une poignée de mains, parfois quelques mots sur l’avancement des élèves, un merci et, toujours, votre regard, ce terrible et magnifique regard enveloppant votre interlocuteur d’une attention sans faille. Pas besoin de long discours.
Parfois, discrètement, vous veniez observer le cours depuis le couloir sans que les élèves vous voient. Vous ne vouliez pas entrer dans le studio, pour ne pas nous perturber les élèves et moi. Ces élèves à qui vous transmettez tant, que vous aimez tant et qui vous le rendent bien.
Merci de m'avoir fait confiance, de m'avoir permis d'enseigner et d'apprendre le kendo dans votre école et de m'avoir fait vivre tant d'expériences enrichissantes.
Aujourd'hui vous nous laissez. Mes pensées vont à vos proches, à vos danseurs, à vos élèves et à Michel le directeur de Rudra qui sait si bien transmettre votre philosophie. Soyez sûr que les graines que vous avez semées pousserons.
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